|
Longtemps,
l'andropause n'a pas été reconnue. En effet, contrairement
aux femmes pour lesquelles les possibilités de procréation
s'arrêtent peu après la quarantaine, les hommes peuvent avoir
des enfants même à un âge avancé. On se souvient
de Charlie Chaplin, heureux papa à l'âge de 80 ans ! Mais,
s'ils peuvent encore procréer, certains hommes de 60 ans semblent
souffrir malgré tout d'une baisse hormonale.
Bouffées de chaleur, libido en berne, dépression
les
symptômes de la ménopause sont bien connus des femmes. Les
hommes, eux, s'en amusent parfois ! Pourtant, la gent masculine aussi
subit les conséquences de l'âge. Pour eux, on ne parle pas
de ménopause mais « d'andropause » ou de « syndrome
d'ADAM ». Enquête sur ce mystérieux syndrome
|
|
|
L'andropause, cette inconnue :
Voici un homme d'âge mûr dont le
désir sexuel s'éteint et l'énergie fond, qui transpire
la nuit et éprouve des bouffées de chaleur en plein jour.
Que lui arrive-t-il? S'il a de la chance, son médecin reconnaîtra
là les symptômes de l'andropause. Sinon, notre homme rentrera
chez lui l'énergie sous le bras, pas plus avancé, réduit
à continuer de se traîner les pieds.
Mr David,
un consultant en avantages sociaux à la retraite, raconte :
«J'étais déprimé et extrêmement fatigué,
je manquais d'énergie, je n'avais d'intérêt pour rien,
ma libido était tombée à zéro et mes muscles
fondaient. Il m'a fallu deux ans avant de trouver le bon filon... par
mes propres lectures, car la plupart des médecins ne veulent pas
entendre parler d'andropause.»
Quand une femme de 49 ans déclare
à son médecin: «J'ai des bouffées de chaleur,
je suis irritable...», ce dernier sait que sa patiente commence
sa ménopause avant même qu'elle ait fini son exposé.
Par contre, quand un homme du même âge se plaint d'une baisse
d'énergie et de libido, ses chances d'être compris et traité,
s'il le désire, sont nettement plus minces... Probablement parce
qu'il ne présente pas l'équivalent du signe très
clair qu'est l'arrêt des menstruations chez la femme. Et sans aucun
doute parce que l'andropause est encore loin d'être aussi connue
- symptômes et traitements confondus - que la ménopause.
Que le corps médical le veuille
ou non, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le National
Institute of Health reconnaissent tous les deux l'existence de l'andropause,
ce climatère masculin.
«À l'égard des problèmes hormonaux masculins,
nous avons un quart de siècle de retard sur les femmes»,
estime la Dre Michelle Dumont, psychiatre à l'hôpital Notre-Dame,
qui soigne à sa clinique des hommes vivant à la fois leur
andropause et une dépression. «Ça fait 30 ans que
les femmes parlent ouvertement de leur libido, de leurs pannes de désir,
de leurs bouffées de chaleur et des hormones qui leur viennent
en aide!» lance le Dr Brian Bexton, psychiatre et président
de l'Association des psychiatres du Québec, qui vient également
en aide aux hommes en andropause à sa clinique de la dépression.
«Ils commencent à parler d'érection et de dépression,
mais ça reste encore tabou chez un grand nombre d'hommes.»
Traitées ou non, toutes les
femmes traversent la ménopause. Chez l'homme, on ne parle d'andropause
qu'à partir du moment où apparaissent des symptômes
cliniques, un homme sur deux en âge d'être en andropause -
en gros, entre 45 et 65 ans - éprouve des
symptômes assez incommodants qui pourraient être traités.
Entre 40 et 70 ans, le corps ralentit
sa sécrétion de testostérone au rythme d'environ
1%par année. Autre phénomène qui s'accentue avec
l'âge: une partie de la testostérone reste solidement liée
à certaines protéines, dont la protéine porteuse
des stéroïdes sexuels (la SHBG, ou Sex Hormone Binding Globuline).
En d'autres mots, la quantité de testostérone dont le corps
peut se servir - la testostérone biodisponible - diminue avec le
temps. Dans le meilleur des cas, la baisse s'effectue progressivement
et les symptômes comme la perte de libido ou le déclin d'énergie
paraissent normaux à un homme qui prend de l'âge. C'est ce
qui arrive chez à peu près un homme sur deux.
Mais pour l'autre moitié, ce
n'est pas aussi simple. Chez une partie d'entre eux, le taux de testostérone
chute assez brutalement dans la quarantaine ou la cinquantaine. Les voilà
irritables, déprimés, démotivés, en rupture
d'énergie. Du jour au lendemain, ils ne se reconnaissent plus.
Au travail, ils ne parviennent plus à se concentrer comme avant.
Sortir avec les copains leur semble une corvée plutôt qu'un
plaisir. Au lit, leurs érections sont hésitantes ou carrément
inexistantes. Leur libido prend la poudre d'escampette.
Comment
la testostérone peut-elle à elle seule créer autant
de problèmes ?
Parce qu'elle participe au développement des organes sexuels mâles.
Qu'elle renforce les muscles. Qu'elle aide le foie à synthétiser
les protéines. Collabore à la formation des os et à
la stabilisation de l'humeur. Stimule la production de globules rouges.
Empêche la masse grasse de prendre le dessus sur la masse maigre.
Son rôle est si étendu qu'elle marque la différence
entre un mâle énergique et un autre à bout de souffle.
Les femmes aussi, d'ailleurs, jouissent des propriétés de
la testostérone, mais cette hormone se trouve en concentration
plus faible chez elles.
«La
baisse de testostérone biodisponible, et par conséquent
les symptômes de l'andropause, touche davantage les hommes
ultra-actifs que ceux dont la vie est un long fleuve tranquille»,
précise le Dr Jean Drouin. C'était le cas d'un homme d'affaires
qui, physiquement lessivé, a dû vendre son entreprise : «Nous
avons traité son andropause, et il a aussitôt démarré
un autre commerce!» |
|
|
Les
indices
Tout commence parfois sans même que les
hommes s'en rendent compte. Pourtant, les indices qui devraient les alerter
sont nombreux : fatigue, problèmes cardiovasculaires, irritabilité,
augmentation du tour de taille... Tous ces symptômes nécessiteraient
une consultation médicale. Mais les hommes se trouvent des excuses
: ils mettent ces désagréments sur le compte d'un surcroît
de travail, du mariage de la petite dernière à organiser
ou encore de leur épouse qui les fatigue ! Peu attentifs à
leur corps, les hommes s'inquiètent seulement à partir de
la baisse des performances sexuelles
Car la libido masculine elle
aussi peut devenir défaillante : problème d'érection,
manque de désir
Les femmes ne sont pas les seules à
négocier difficilement le passage de la cinquantaine.
Les coupables
Le principal coupable est bien sûr le vieillissement.
Comme les femmes, les hommes doivent subir les conséquences de
l'âge et elles sont dues à plusieurs facteurs.
Une baisse hormonale :
landropause
Dès l'âge de 30 ans, le
taux de testostérone (hormone mâle)
baisse de 10% tous les 10 ans. Comme Madame, Monsieur subit donc les conséquences
de l'âge dans son intimité ! Mais, contrairement aux femmes
qui finissent toutes par être « ménopausées
», les hommes ne subissent pas tous cette baisse d'hormones. On
estime que 30% des hommes seulement souffriraient d'andropause, cest-à-dire
d'un taux de testostérone trop bas qui viendrait leur empoisonner
l'existence.
Une baisse du désir
Avec l'âge, les problèmes de sexualité
peuvent apparaître comme ladénome de la prostate qui
gêne pour uriner ou comme les troubles de lérection
liés à des troubles fonctionnels ou organiques (mais dans
la majorité des cas, la fatigue, le stress ou encore les problèmes
émotionnels sont à l'origine des « pannes »).
Comme les femmes, les hommes doivent composer avec leur image. Et, en
vieillissant, les doutes s'installent quant à leur capacité
de séduction. A 20 ans, si l'homme est taraudé par des questions
existentielles telles que : « A-t-elle vraiment envie de moi ? »,
« Suis-je désirable ? », « Va-t-elle avoir du
plaisir ? », la pulsion sexuelle est la plus forte et elle entraîne
la mécanique. Mais à 60 ans, si les questions perdurent,
la pulsion sexuelle est moins forte et elle est parfois balayée
par les craintes : l'érection n'est plus systématiquement
au rendez-vous !
Mais le principal symptôme sexuel lié à landropause
est la baisse du désir ce qui est
assez rare chez lhomme pour être remarqué. Il faut
en effet savoir que lhormone du désir, tant chez lhomme
que chez la femme est la testostérone. Le deuxième sera
la moindre qualité des érections.
Les
autres grands facteurs du vieillissement
Les autres facteurs du vieillissement pouvant
expliquer fatigue et atteinte de la libido sont les facteurs de risques
cardiovasculaires au premier rang desquels il faut compter le tabac (cause
N°1 des troubles de l'érection), puis, dans le désordre, le cholestérol,
le diabète, la sédentarité, le surpoids et l'hypertension. Cela justifie
d'autant plus de consulter son médecin.
Les traitements
Des traitements hormonaux substitutifs existent.
Qu'ils soient médicamenteux ou naturels (à base de plantes), ils peuvent
pallier le manque de testostérone. Ils ne sont pourtant pas souhaitables
dans tous les cas… En ce qui concerne les suppléments médicamenteux :
comprimés, injections, patchs, gels…, ils ne sont pas à prendre
à la légère. Si certains médecins plaident en leur faveur en arguant d'un
rétablissement de la libido, d'une amélioration de l'humeur et d'une réduction
de la masse grasse, d'autres au contraire craignent que ces traitements
entraînent une augmentation du risque de cancer de la prostate. C'est
donc une décision à prendre au cas par cas, en fonction de l'histoire
médicale de chacun et par un médecin compétent. En attendant, pour les
problèmes de libido, il est toujours possible de se tourner vers des aides
efficaces et naturelles. Les plantes, elles aussi, peuvent être d'un grand
secours, tout en présentant moins de contre-indications. Ginseng, ginkgo,
tribulus en sont de bons exemples.
La parole
L'une des manières les plus efficaces de résoudre
les problèmes liés à l'andropause reste la possibilité de s'exprimer.
Non, il n'y a aucune raison d'avoir honte. Les médecins sont habitués
à régler ces questions et ils ne risquent pas de vous rire au nez si vous
leur expliquez que votre érection ne tient plus. N'hésitez pas non plus
à en parler au sein de votre couple : le dialogue, c'est déjà un premier
pas vers une solution.
Quand consulter
?
Dès que l'andropause
se prépare, vers 45-50 ans, et en présence de symptômes, il est conseillé
de faire un bilan de santé. Le médecin pratiquera un dosage hormonal et
prescrira éventuellement un traitement. Au bout de trois mois, les bienfaits
du traitement sont manifestes. |
|